À propos du signal d’angoisse dans l’urgence

À propos du signal d’angoisse dans l’urgence
Elena Levy Yeyati

La psychanalyse peut informer d’autres disciplines, en particulier les psychiatres, du fait qu’au-delà de l’usage de médicaments, il est possible d’acquérir le tact et le jugement dans le maniement de l’angoisse dans l’urgence.

« Chacun sait le rôle que joue le signal chez les animaux sociaux comme les bêtes de troupeau. Lorsque se présente l’ennemi du troupeau, le plus malin ou le veilleur parmi les bêtes du troupeau, est là pour le sentir, le flairer, le repérer. La gazelle, ou l’antilope, dressent le nez, poussent un petit bramement, et cela ne traîne pas, tout le monde s’en va dans la même direction. Le signal comme réaction à un danger dans un complexus social, au niveau biologique, et donc saisissable dans une société observable. Et bien, il en va du même du signal d’angoisse – c’est de l’alter ego, de l’autre qui constitue son moi, que le sujet peut le recevoir[1]. »

Si le signal d’angoisse est ce que la défense met en jeu devant le désir de refouler, le désir de l’analyste serait un désir qui ne provoque pas d’angoisse. En qui? En principe, chez l’analyste lui-même. C’est une définition du désir décidé.

Cependant, il n’est pas certain que le désir de l’analyste ne provoque pas d’angoisse chez l’analysant. Mais il faut qu’elle soit dossée. L’analyste, en ce qui concerne l’angoisse de l’autre, est là pour veiller du coin de l’œil qu’il ne jouisse pas trop d’un fantasme masochiste.

Il est nécessaire de distinguer la surprise de l’interprétation (qui vise un sens inattendu, la perte du sens habituel, son absence) de l’angoisse qui impose de nouveaux refoulements, qui provoque un transfert négatif insupportable ou des interruptions de la cure.

La modération de l’angoisse (individuelle et collective) est particulièrement nécessaire lors de la consultation d’urgence à l’hôpital, ou il s’agit de la nécessité d’une limitation immédiate. Dans ce contexte, la citation de Lacan que nous avons choisi est également utile pour penser que nous pouvons nous en servir du signal d’angoisse pour effectuer un calcul du risque « vrai ou imminent ».

Si le signal d’angoisse n’est pas simplement « à l’intérieur » du sujet, nous pouvons comprendre que – tel que des vases communicants –, c’est parmi les membres du « troupeau » (famille, amis proches) où nous pouvons également le trouver. Ce signal est toujours reçu et transmis comme une mauvaise nouvelle. Tout le monde sait que c’est une bonne pratique d’interroger ceux qui accompagnent le patient qui consulte aux services d’urgence, pas tellement pour obtenir « plus de données » (tant qu’il parle, le patient est toujours notre meilleure source « d'information ») mais pour localiser ces signaux.

Traduit de l’espagnole par Florencia F. C. Shanahan

1 Lacan, J. Le Seminaire, livre VIII, Le transfert, Champ Freudien, Seuil, 2001, p. 427.