L’urgence, parfois une-bévue

L’urgence, parfois une-bévue
Claudia Iddan

Lacan nous enseigne que l’urgence préside toute l’analyse mais l’urgence peut être aussi présente dans la vie d’une communauté.

Ce qui précède à l’acte, bien entendu, c’est l’urgence, c’est-à-dire que dans l’urgence le temps se comprime en une conclusion qui surgit après le « moment de voir » et celui « de comprendre ». Parfois cela précède le moment de l’acte s’il y a un vrai changement de position subjective, une séparation de l’Autre.

Quelle est la place du parfois dans la phrase ? Son but est de mettre en relief que l’urgence en rapport à l’action n’amène pas nécessairement à l’acte. En arabe on dit que « la hâte est le domaine du diable », j’entends l’expression l’idée du diable comme synonyme de la pulsion de mort. En effet, dans certaines situations où l’action est précédée par l’urgence, on confond parfois l’acte et le passage à l’acte.       

L’acte crée un sujet nouveau dès le moment où il se situe dans un discours, qui s’adresse paradoxalement à l’autre à partir d’une position nouvelle. Cela promeut la création d’une nouvelle fiction symbolique qui peut faire avancer le discours, tandis que le passage à l’acte implique un laisser tomber, une exclusion capable de détruire cette fiction et de faire surgir le réel, le malaise dans le discours.

Dans l’urgence, l’intervention d’un analyste, que ce soit dans le cadre d’une analyse ou dans celui de la vie d’une communauté, peut pousser au passage à l’acte, à faire admettre son point de vue, ce qui exclut de sa part la possibilité d’être à l’écoute. La dimension de la parole peut se retrouver en danger et cela peut défaire le lien jusqu’à une coupure qui nous amènerait à ne pas pouvoir garantir la suite du travail aussi bien dans l’analyse que dans la vie d’une communauté.

« L’Unbewust, c’est-à-dire l’Inconscient. En allemand, cela veut dire inconscient, mais traduit par l’une-bévue cela veut dire tout autre chose, cela veut dire un achoppement, un trébuchement, un glissement de mot à mot, et c’est bien de ça qu’il s’agit quand nous nous trompons de clé pour ouvrir une porte que précisément cette clé n’ouvre pas[1]. » Lacan ajoute que la conscience est le seul support de ces bévues. En effet, l’urgence est parfois susceptible de conduire à l’erreur, au glissement dans la pulsion de mort, position qui ne permet pas de « faire avec [la communauté, un analysant] eux la paire » afin « d’être au pair[2] », mais au contraire de faire apparaitre certains éléments du fantasme.

1 Lacan J., Le Séminaire XXIV, L’insu qui sait de l’une bévue s’aile à mourre, séance du 10-05-1977, inédit.

2 Lacan, J., « Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI », The Lacanian Review 6, NLS, Paris, 2018, p. 26.