La clinique de l’adolescence est clinique d’urgence

La clinique de l’adolescence est clinique d’urgence
Gabriel Dahan

TAFSAN, centre de psychanalyse pour la jeunesse, s’est mis pour but d'aller à la rencontre de l’adolescent avec la psychanalyse, à la rencontre de cette praxis d'éduquer dans les cadres scolaires.

Cet adolescent – étant lui-même un nom d’un impossibles du social et incarnation de l’urgence comme telle – nous le rencontrons sous l'espoir que Lacan exprime lors de son discours à Milan : « on ne l’a pas encore fait, peut-être un jour il y aura un discours appelé, comme ça : “le mal de la jeunesse[1]” ».

Sous les traits d’urgence, ce mal se manifeste dans divers phénomènes de désinsertion – terme emprunté au système administratif de l'éducation que J.-A. Miller a utilisé à PIPOL 4 sous le titre de « Clinique et pragmatique de la désinsertion en psychanalyse ».

L'intervention du psychanalyste autour des événements de chute des jeunes, consiste à transformer la désinsertion de phénomène comportemental ou bureaucratique en opération psychique face à une confrontation à un réel qui porte des traits de déclenchement, de précipitation, de « se laisser tomber » dans le monde, « l’endroit où le réel se presse » comme nous le dit Lacan[2].

Soutenir une position impossible comme éducateur ou comme psychanalyste veut dire qu’il s’agit toujours, et encore plus dans les classes des enseignants, d’une pragmatique sous urgence permanente.

Les psychanalystes en sont au stade de l'éveil, nous dit Lacan, mais est-ce que cet éveil n’aura pas de rapport à celui de l'Éveil du printemps de la jeunesse de Wedekind? Ainsi, pouvons-nous ne pas poser le psychanalyste de notre temps et l'adolescent, dans un certain sens, dans une proximité surprenante? Mais tandis que les psychanalystes ont « fait rejaillir l'impossible sur la position d'éduquer[3] », l'adolescent, lui, ne cesse pas d'incarner cet impossible, ce réel, cette urgence.

« Les concepts lacaniens de l'acte analytique, du discours analytique, et de la conclusion de l'analyse comme passe à l'analyste », nous permettent de « concevoir le psychanalyste comme objet nomade, et la psychanalyse comme une installation portable, susceptible de se déplacer dans des contextes nouveaux, et en particulier dans des institutions[4] » – c’est ce que nous indique J.-A. Miller avec son invention du  Lieu Alpha.

TAFSAN est cet objet nomade qui va dans les institutions scolaires à la rencontre de l’éducateur et de l’adolescent à ces « points radicaux dans le réel » Lacan appelle « rencontres[5] », où les deux sont saisis d'angoisse lorsqu’ils pensent l’un à ce que c'est qu'éduquer et l’autre à ce que c’est que d’être l’objet de cette praxis.

1 Lacan, J., Lacan en Italie 1953-1978, discours à l’Université de Milan le 12 mai 1972, La Salamandra, Milan, 1978, p. 32-55.

2 Lacan, J., Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Seuil, Paris, 2004, p. 136-137.

3 Lacan, J., Le triomphe de la religion, Seuil, Paris, 2005, p. 72.

4 Miller, J.-A., « Vers PIPOL 4 », https://ampblog2006.blogspot.com/2007/12/vers-pipol-4-par-jacques-alain-miller.html

5 Lacan, J., Le Séminaire, livre XVII, L’envers de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1991, p. 202.