Besoin de vitesse ?

Besoin de vitesse ?
Andréas Steininger

Il  ne s’agit pas ici d’un point d’urgence dans l’analyse personnelle, mais de l’urgence de trouver une réponse à l’embarras que provoque une patiente lors d’une première séance.

La semaine dernière une femme est venue me voir pour une première séance et a commencé la séance en me disant que sa tête était pleine. En même temps elle exprimait sa crainte de ne pas pouvoir se débarrasser de tout ou s’inquiétait de savoir si elle pourrait en extraire ne serait-ce que quelque chose.

Ainsi parlait-elle dans un état de grande agitation, dans l’urgence et la hâte comme si sa vie était en jeu. On avait l’impression que chacun de ses mots devait prendre la place qu’elle lui assignait sans le moindre changement. À une ou deux reprises je tentai de lui poser une question avec plus de lenteur mais elle s’indigna de cette perturbation, me rejeta et me dit, « Non, il faut que je termine ça d’abord ».

Au bout d’un moment, elle était désespérée et me dit qu’elle avait l’impression que sa tête n’était pas vide. Son rythme était devenu extrêmement rapide. Son énorme débit de mots ne lui procurait aucun soulagement. C’était comme si j’avais devant moi une image de casse-tête où je voyais d’un côté quelqu’un qui essayait activement de maîtriser quelque chose au moyen d’un torrent de mots, et de l’autre côté une autre personne, pas le moins du monde active mais sous l’emprise d’un texte urgent.

Dans un premier temps, j’avais dans l’idée que je n’aurais pas grand-chose à dire au cours de cette séance. En conséquence, je me contentai d’une ponctuation minimale et d’un occasionnel ok. À un moment donné, cependant, j’ai noté que je pouvais continuer à lui poser occasionnellement des questions si quelque chose dans son expression ne m’était pas clair. Paradoxalement, cela n’était possible qu’à condition que je parle plus vite qu’elle. Cela me donnait presque l’impression qu’elle n’avait tout simplement pas le temps d’être dérangée par mes questions. Elle me donnait rapidement et volontiers l’information demandée et reprenait son texte.

Dans ce jeu paradoxal de vitesses croissantes, le fait qu’il soit possible qu’elle puisse entendre quelque chose de son propre texte à travers mes questions, l’amena à parler de plus en plus lentement dans la deuxième partie de la séance, et à la fin de la séance, elle réalisa qu’elle s’était débarrassée de quelque chose et qu’elle voulait revenir.

Traduction : Catherine Massol