« On revient de séance en séance parce que ça pousse »

« On revient de séance en séance parce que ça pousse »
René Raggenbass

Pendant plus d’une décennie, il prenait son véhicule dans la nuit, au petit matin, et avalait, tous les vendredis, 600 km de bitume pour aller à et revenir de ses séances chez son analyste.

C’était comme ça ! Quelque chose le poussait à se rendre, sans se poser de questions, dans ce lieu qui matérialisait non seulement la radicale différence mais également – surtout – la présence en acte de l’analyste.

Ce n’était ni le transfert ni les interprétations qui soutenaient ces allées et venues mais la trouvaille d’une présence incarnée en même temps que la retrouvaille d’un lieu vide de sens dont l’analysant avait à faire un usage éthique.

Un jour, lors d’une séance, il s’étonnait auprès de son analyste du caractère « urgent » (les excès de vitesses étaient systématiques) de ses déplacements. Ils étaient hors de toute analyse critique, de pensées calculées ou autres intentions conscientes. Il fallait y aller, il ne pouvait pas en dire davantage. Aujourd’hui, il croit se souvenir que l’analyste lui a répondu en levant la séance.