Ponctuations I

Ponctuations I
Florencia Shanahan

Le point d’interrogation sert à indiquer, lorsqu’on écrit, qu’il s’agit d’une question et qu’il faut donc le lire avec une intonation interrogative.

L’exclamation révèle que l’on doit hausser la voix et insister sur la phrase, de manière à exprimer la surprise, la stupéfaction, la joie, la supplication, un ordre, un désir…

Mais qu’est-ce qui fait qu’en espagnol les points d’interrogation et d’exclamation sont si délicieusement uniques? Ils ont une particularité, quelque chose qui les rend absolument uniques!

L’espagnol est la seule langue dans laquelle les points d’interrogation et d’exclamation sont doubles, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas seulement placés à la fin de de la phrase (comme en anglais, en français ou en allemand pour ne citer que quelques exemples) mais également au début de celle-ci.

Ce n’est qu’en espagnol que l’on trouve les symboles "¿" et "¡", des signes utilisés au début d’une interrogation et au début d’une phrase admirative.  

Les carolingiens

L’histoire de ces deux signes est cependant très ancienne. On trouve déjà le signe d’admiration dans des manuscrits en latin médiéval et, selon l’Académie Royale de la Langue, nous le devons aux carolingiens une dynastie d’origine française qui domina l’Europe de l’Ouest entre le 8ème et le 10ème siècles.

À l’origine, ces deux signes étaient uniquement utilisés à la fin des phrases. Ils mirent longtemps à être utilisés également au début des phrases interrogatives et exclamatives. En fait, ce n’est seulement que dans la seconde édition de l’Orthographe de l’Académie Royale de la Langue, publiée en 1754 que le point d’interrogation initial a fait son apparition.

Les universitaires ont longuement débattu à ce sujet et ont conclu que le point d’interrogation final n’était pas suffisant, en particulier quand les phrases étaient longues. Concernant le point d’interrogation, ils avaient à l’esprit qu’en plus de son utilisation à la fin de la phrase, il y a des phrases ou des clauses longues pour lesquelles le signe placé à la fin n’est pas suffisant et qu’il est nécessaire dès la début d’indiquer le sens et le ton interrogatif avec lequel cela doit être lu. L’Académie est tombée d’accord sur le fait que, dans ces cas, le même point d’interrogation doit être utilisé, le plaçant au tout début de la clause ou de la phrase, évitant ainsi la confusion et clarifiant le sens et l’intonation.

Le 17 octobre 1753, les académiciens prirent alors une décision historique fondée sur cet argument: il y aurait désormais des points d’interrogation en ouverture des phrases interrogatives et ceci serait indiqué par le même signe existant mais à l’envers.

Phrases courtes et longues

Ceci fut donc repris dans l’Orthographie de 1754 dans laquelle le point d’interrogation initial était réservé aux phrases longues, alors que dans le cas des phrases courtes il continuait à être utilisé seulement comme signe en fin de phrase.

Mais qu’est-ce qu’une phrase courte et à quel moment devient-elle longue? Chacun l’interprétait un peu à sa façon. En 1870 l’Académie décida donc de mettre de l’ordre dans cette affaire et dans la première édition de son dictionnaire orthographique en castillan le critère actuel fut adopté, c’est-à-dire que le point d’interrogation initial doit être utilisé dans toutes, absolument toutes les phrases interrogatives, quelle que soit leur longueur.

« C’est juste un exemple de plus du désir ancestral des grammairiens espagnols de représenter la langue d’une manière qui soit la plus fiable et la plus adaptée à la prononciation », souligne María José Folgado, experte en histoire de l’historiographie de la grammaire et de la linguistique à l’Université de Valence dans son étude, « Les points d’interrogation dans les orthographes de l’espagnol ».

De l’admiration à l’exclamation

En ce qui concerne le point d’exclamation, il apparut dans les traités d’orthographe un peu plus tard que le point d’interrogation, sous le nom de marque d’exclamation.

C’est dans le dictionnaire de 1726 que la première référence orthographique y est faite : « Cela s’appelle une note, ce qui pour la phrase signifie un effet d’admiration et est marqué par un “!” à l’envers. »

Bien que dans l’édition qui suivit, celle de 1770, il est souligné que « depuis quelques temps il est d’usage de mettre ce signe à l’envers (¡) avant la voix qui donne cette intonation et ce sens, lorsque les phrases sont longues ».

La reconnaissance officielle du double signe fait son entrée dans le Dictionnaire en 1884, mais ce n’est qu’en 2014, dans la 23ème édition du dictionnaire de l’Académie Royale alors que ce signe a été rebaptisé « point d’exclamation » et non plus « d’admiration », après que plusieurs auteurs aient pointé le fait que l’admiration n’est qu’un des registres pouvant s’exprimer par ce signe et que ce qui était important c’était plutôt l’intonation exclamative.

En espagnol seulement

Jusqu’à ce jour, l’Académie de la Langue est très claire concernant l’usage correct des points d’interrogation et d’exclamation. Pour commencer, elle met en avant que « les signes initiaux (!) sont caractéristiques de la langue espagnole et ne doivent pas être réprimés pour imiter les autres langues dans lesquelles ce signe est uniquement placé en fin de phrase ».

Les points d’interrogation et d’exclamation sont apposés avant le tout premier et à la suite du tout dernier mot de la phrase qu’ils encadrent et séparés par un espace entre les mots qu’ils précèdent et suivent; mais si ce qui suit le signe de fin est une autre ponctuation, alors il n’y pas d’espace entre les deux.

N’importe quel signe de ponctuation peut être placé après les signes de clôture de la phrase, mis à part le point puisque l’Académie indique que lorsque l’interrogation ou l’exclamation clôture un énoncé ses signes de fin sont équivalents à un point.

Les signes d’ouverture doivent être placés à l’endroit exact où la question ou l’exclamation commence même si cela ne correspond pas au début de l’énoncé. Dans ce cas, l’interrogation ou l’exclamation commence par une minuscule.

Source: Irene Hernández Velasco, Por qué el español es el único idioma que utiliza signos de interrogación (¿?) y admiración (¡!) dobles [Why is Spanish the only language that uses double interrogation and exclamation marks], September 2017. Available on-line: https://www.bbc.com/mundo/noticias-40643378