L’acte de la Reine

L’acte de la Reine
Yaron Gilat et Malka Shein*

 

Le mercredi 20 mars et le jeudi 21 mars de cette année, les juifs partout dans le monde célébraient la fête du Purim (פּוּרִים), mot hébreu qui signifie « sorts » ou « destins ». Cette fête commémore le sauvetage du peuple juif d’Haman, le chef conseiller du roi Ahasuerus (connu comme Xerses I), qui planifiait d’exterminer tous les juifs de l’Empire Persan. Il s’agit d’une histoire biblique du Livre d’Esther. Dans le livre, Esther est décrite comme une reine juive du roi. Son oncle Mordecai lui confie l’existence du plan diabolique et lui demande de révéler au roi qu’elle est juive pour qu’il révoque l’ordre. Esther hésite, en affirmant qu’elle pourrait être mise à mort si elle se rendait chez le roi sans avoir été convoquée. Mais Mordecai la pousse à essayer et elle se rend chez le roi. Juste avant qu’elle y aille, il est écrit qu’elle dit à Mordecai : « Va et assemble tous les juifs qui sont à Shushan, et jeunez pour moi, ne mangez pas et ne buvez pas pendant trois jours, jour et nuit. Moi et mes servants, de même, jeunerons. J’irai ensuite vers le roi, malgré que ce soit contre la loi, et si je dois périr, je périrai ». Esther se rendit donc chez le roi, il l’écouta et le décret fut révoqué.

Par ses actions, Esther exemplifie une décision éthique conduisant à un acte [1]. En effet, le temps pour comprendre précède un moment de certitude vis-à-vis de l’action, tout en étant suivi par une vérification : « jeunez pour moi [2] ». Mais en plus, elle démontre comment tout acte digne de ce nom est lié à un pari et à la mort. Non seulement entendue comme perte de la vie, mais aussi bien en tant que mort symbolique, un consentement inconscient à « mourir » dans l’acte, à laisser derrière soi quelque chose de soi-même, un reste : « si je dois périr, je périrai ». C’était une question d’urgence, une urgence conduisant à un moment de conclure. Le génocide était sur le point de s’ensuivre.

Que le Purim ait ou pas un fondement historique, c’est un fait historique que beaucoup d’années après l’histoire du Livre d’Esther, il n’y aura aucun roi disposé à écouter auquel s’adresser, et les avertissements urgents d’un autre génocide imminent resteront presque inaperçus. Et aujourd’hui ? Est-ce que nous entendons les appels urgents des personnes qui se trouvent au bord de la catastrophe?

* Membres du « Matvim », équipe de la Section clinique « Reshet Lacanianit » de Tel-Aviv, qui organise des soirées-rencontres entre enseignants et participants.

Traduction : Lorenzo Speroni

1 Lacan, J., The Séminaire, livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1986.

2 Lacan, J., « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipé », Écrits, Seuil, Paris, 1966.